lundi 23 avril 2018

SOEURS, Bernard Minier - XO editions





C'est donc le 5ème opus des aventures de Martin Servaz, capitaine au SRPJ de Toulouse.
Après "Glacé", "Le cercle", "N'éteins pas la lumière", "Nuit", Bernard Minier est de retour avec "Soeurs".

Sincèrement, je me demandais ce qu'il y aurait bien à écrire de plus sur Servaz qui n'ait été dit dans les tomes précédents, quelles tuiles allaient bien pouvoir lui arriver (parce que le gars a quand même une énorme poisse), comment Bernard Minier allait pouvoir nous embarquer, encore une fois, dans une nième aventure où son héros serait encore une fois mis à mal, pour ne pas dire dans la merde jusqu'au cou.

"Soeurs" se déroule en 2 temps :
- Une enquête qui démarre en 1993 dans laquelle Servaz, alors jeune flic, enquête sur le meurtre de 2 soeurs retrouvées mortes près de la Garonne. Attachées à des troncs d'arbres, elle se font faces et  portent toutes les deux des robes de communiantes.

- En 2018, on retrouve Servaz 25 ans plus tard. Il doit gérer une nouvelle affaire mettant en scène un nouveau meurtre dont les aspects rappellent étrangement l'affaire de 1993 et le replonge dans ses souvenirs où il était alors novice dans le métier.

Dans les deux enquêtes, celle de 1993 et celle de 2018, Servaz fait le connaissance de Erik Lang auteur de romans noirs dont les livres mettent en scène des situations perverses et cruelles.

Du point de vue strict du scénario imaginé par Bernard Minier, c'est vraiment un coup de maître d'avoir permis au lecteur de découvrir Servaz dans ces jeunes années de flic.
Grâce à cette plongée dans le passé, le lecteur a la possibilité de mieux appréhender et comprendre ce personnage torturé qu'est Servaz et dont on suit les aventures depuis "Glacé". Partant du principe que les événements de la vie nous construisent, cette mise en abîme de Servaz dans ses jeunes années, ses débuts dans la PJ, sa vie familiale naissante et les relations avec son père permettent au lecteur d'appréhender l'évolution du héros.

Mais ce n'est pas la seule chose que j'ai aimé dans ce thriller....

Outre l'enquête policière bien fichue, originale, réaliste, crédible, prenante, Minier en profite pour aborder, avec habileté, certaines préoccupations (ou aberrations ?) de notre temps : l'écologie, la puissance de réseaux sociaux, les avancées scientifiques et technologiques dans le milieu policier et judiciaire. 

De plus, il traite subtilement de la relation qui lie l'écrivain de thrillers à son lecteur (ou à défaut son fan psychopathe). Avec finesse, Minier nous amène vraiment à nous interroger sur cette relation, parfois saine, mais aussi malsaine, d'une admiration qui peut rapidement virer à une obsession pernicieuse. Le personnage de Erik Lang est vraiment une belle réussite dans la construction du roman.

Tout ça pour dire, qu'encore une fois, c'est un pari réussi pour Bernard Minier. 
Je n'ai eu de cesse de connaitre le fin mot de l'histoire !
Je me suis littéralement laissée emporter par cette histoire à deux temps dans laquelle j'ai plongée après la lecture du prélude qui vous happe littéralement.
Très bon moment de lecture donc, un livre vraiment agréable à lire, avec un héros que j'aime beaucoup et que je connais maintenant très bien. 

D'ailleurs, je voulais souligner aussi l'intelligence de l'auteur qui fait des petits résumés pertinents à des moments clés pour que le lecteur se souvienne des tomes précédents sans en faire des tartines indigestes à coup d'alinéas ou de report de page. 
Et j'aime ce petit clin d'oeil à Julian Hirtmann qui laisse supposer qu'on n'en a pas encore fini avec lui ....

Bonne lecture à tous ceux qui ne l'ont pas encore lu !

dimanche 15 avril 2018

LE PRESQUE, François d'Epenoux - Anne Carrière



En préambule, je dirai : quelle douceur dans  l'écriture de François d'Epenoux...
Que de poésie...
Et que de vérités planquées, au détour d'une phrase, dans le creux d'un mot, dans le silence d'une virgule ou d'un alinéa.

Je l'avais découvert dans Le Réveil du coeur, l'histoire d'un petit garçon qui apprivoise son grand-père bourru. J'avais alors eu des réminiscences de ma propre enfance que j'ai passée  auprès d'un grand père que j'ai très peu connu,  qui ne parlait pas mais qui devait m'aimer à sa façon. Je n'ai pas eu la chance de Malo de pouvoir simplement avec ce que j'étais, attendrir le coeur du vieux. Ce récit m'avait alors émue aux larmes.

Dans "Le presque", on part sur un sujet différent même si c'est toujours du coeur qu'il s'agit au fond. 
Cette fois, c'est celui de Marc, la cinquantaine passée, qui lors d'un bain tout à fait banal, va avoir la révélation de sa vie : il est, en effet, un "Presque".
Presque heureux, presque amoureux, ayant presque réussi, presque encore jeune et pas encore vieux, presque artiste, presque voyageur, presque père comblé. 
Un Presque, avec tout ce que ce surnom représente d'insatisfaisant, de décevant, de résigné.

Après avoir passé la journée avec François dans les mains, et Marc, et Chloé, et Yann, et Paula, j'ai refermé le livre et demandé à mon mari si c'était lui qui l'avait écrit. Il a lu la 4ème de couverture,  souri et demandé pourquoi. 
J'ai dit qu'il décrivait parfaitement tous les sentiments et toutes les émotions que j'avais ressentis au tournant de mes 40 ans, au micron près, comme si quelqu'un de vraiment très proche, en l'occurrence lui, avait pris des notes et jeté sur le papier le déballage des compromis et compromissions que j'avais l'impression d'avoir faites et qui me brûlaient alors le ventre, incapable que j'étais de les tolérer une seconde de plus. 
C'est là que François fait vraiment fort : homme ou femme de plus de 40, vous êtes susceptible de vous reconnaitre dans ce livre. Vos amis vous ont dit que cette crise du milieu de vie, comme on l'appelle communément est normale et qu'il ne faut pas dramatiser et vous n'avez pas écouté ? Comme si le poids ce que vous viviez étiez unique au monde et que personne d'autre que vous-même ne pouvait ressentir l'ivresse négative de ces émotions... 
Avez-vous déjà assisté à une BDC ? "Bouffe de crise" ça vous parle ? Parce qu'après 40 ans, des BDC, on en fait quelques-unes. Cette scène là, la BDC de 3 amis de longue date restera pour moi d'anthologie. Les secousses de la vie sont exprimées avec lucidité mais aussi tendresse et résument avec beaucoup d'humour les aléas et questionnements de la vie. 
C'est bien de la vie qu'on parle, du quotidien qui bouffe tout, de l'amour tiède alimenté par l'habitude, de l'abandon de ses rêves, du renoncement, des regrets, de la vie qui vous échappe, de tout les loupés qui jalonnent un chemin qui loin d'être linéaire, nous amène parfois à faire quelques détours.

Je pourrai certainement écrire 2 pages sur ce roman mais aucune ne saurait égaler le talent d'écriture de François d'Epenoux car par ses mots, il vous touche en plein coeur. 
Il nous raconte avec beaucoup de tendresse les failles de l'être humain,
Il consent à beaucoup de compassion pour les rêves perdus,
De compréhension pour les regrets, 
Il danse avec finesse sur les choix de vie, en analysant, avec justesse les espoirs, les déceptions,  les failles. 
C'est presque une psychothérapie !
Presque le reflet d'une vie lambda,
Presque un instantané du temps qui passe.

Je terminerai par mettre l'accent sur les très belles réflexions concernant le métier d'écrivain, et quelques méditations, profondes et éclairées sur ce qui peut faire, ou non, d'un homme, un écrivain abouti. La seconde partie aborde avec lucidité ce thème.
Pour être écrivain, il faut avoir en soi un terreau fertile, un humus gras, fait de sédiments, de petites pousses, de pourriture aussi... C'est dans ce vécu que vont puiser les grandes histoires! Moi, je n'ai qu'une petite tête bien ratissée, un jardinet de banlieue où il ne pousse rien du tout.(...) Qui voudrait lire les mots d'un petit-bourgeois qui passe entre les gouttes? A qui il n'arrive rien ? Et qui, en plus, pleurniche sur son sort ?

Ce livre m'a profondément bouleversée mais il m'a surtout fait me sentir moins seule, moins incomprise, plus normale. Il a dédramatisé un épisode de ma vie que je croyais gravissime, le moment où moi aussi j'étais "presque" : presque heureuse mais presque malheureuse aussi. 
J'aimerai beaucoup savoir quelle est la part de vécu dans la vie de François d'Epenoux qui lui a permis d'écrire avec tant de pertinence ce livre juste magnifique, très loin d'être un presque livre !



mardi 10 avril 2018

SA MAJESTE DES OMBRES, Ghislain Gilberti - Ring




Elle ne va pas être facile à écrire cette chronique sans que vous ayez l'impression que je lui cire les pompes à Ghislain. 
En fait, si, je vais lui cirer les pompes, et sacrément même, une bonne grosse couche de cirage qui devrait tenir jusqu'à la sortie du tome 2.
Il l'écrit très bien lui même à la page 525 de son livre "GOTTVERDAMI" ( bordel de merde, pour les non initiés au dialecte alsacien)
A chaque parution du Monsieur, je me dis que le nouveau ne peut pas être aussi bon que le précédent, qu'il va forcément y avoir une déception. 
Vous savez quoi ? Et bien NON !
Alors, je n'ai pas lu "Dernière sortie pour Wonderland", c'est le seul :  pas parce que je n'ai pas aimé, seulement parce que j'avais lu le Patrick Sénécal avant ("Aliss") et que le personnage de Alice commençait à me taper un peu sur les nerfs...
Bref !

Je dois dire que là, il a fait fort. Il nous embarque dans une trilogie dont ce premier tome, place le décor. L'écriture est calibrée, le rythme effréné, c'est 24 heures chrono en bouquin.

En bref, de quoi ça parle ?
Tout commence en 2003 par l'interpellation d'un gros dealer dans une villa, interpellation qui se finit dans un bain de sang. Ce cartel, spécialisé dans la vente d'une drogue extrêmement pure fonctionne de manière tout à fait innovante car son organisation est hors norme. Cette affaire est rapidement enterrée car elle s'est soldée par un fiasco total et de nombreux morts chez les dealers mais aussi chez les flics. 
En 2010, une nouvelle série de meurtres attire l'attention de Cécile Sanchez, qui fait rapidement le lien avec les évènements de 2003. 
Elle se rend donc à Strasbourg pour poursuivre ses investigations 

D'abord, je  dis merci à Ghislain de m'avoir permis de plonger dans un récit se déroulant en Alsace, entre Strasbourg et Mulhouse : quel bonheur de retrouver cette région chère à mon coeur l'espace d'un bouquin ! C'est un plaisir fabuleux de reconnaitre les lieux dont l'auteur parle, les ambiances, presque de sentir les odeurs.

740 pages pour poser le décor d'une organisation tentaculaire spécialisée dans le traffic de drogue. Cet univers, totalement maitrisé par l'auteur nous laisse entrevoir, de l'intérieur, l'organisation d'un cartel.
740 pages pour qu'on puisse apprivoiser des personnages de flics, très travaillés. Ca m'a rappelée à bien des égards, les gros pavés de Stephen King à ses débuts, lorsqu'il prenait tout son temps pour installer une vraie ambience et surtout creuser ses personnages. J'ai retrouvé cette volonté de décortiquer les identités dans ce livre là.
J'ai aimé revoir  Cécile Sanchez, personnage récurrent des romans de Gilberti, hanter les lieux, et donner l'image d'une femme forte, qui ne baisse pas les bras, mais qui nous émeut aussi par sa fragilité. Le personnage de Grux suscite également beaucoup d'attentions et de questionnement et je parie que Ghislain lui fera la part belle dans le tome 2. 
740 pages d'action pure qui ne laisse pas beaucoup de temps morts, un suspense sacrément bien mené, de l'originalité dans l'histoire, un vrai travail documenté.
Ce livre ferait une série télé très addictive, bien huilée, action genre 24 heures chrono avec la patte d'un Olivier Marchal qui sait si bien transmettre les ambiences et nous faire plonger dans l'univers des flics.

Tout ça pour dire que c'est un excellent Gilberti.

Ca fait un moment qu'il est entré dans la cour des grands. Il y gagne ses galons à chaque nouveau roman et il faudra désormais compter avec lui !
En tout cas, moi je serai fidèle au poste, j'espère que vous aussi.





dimanche 8 avril 2018

TOUTES BLESSENT LA DERNIERE TUE, Karine Giebel - Belfond


Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur ce livre, certaines que j'ai lues, d'autres pas. 
Je m'excuse par avance pour les répétions, s'il devait y en avoir.
Je ne vous fais pas de résumé, pour ça il y a google, et puis à trop résumer, on révèle trop de choses que personnellement je n'aurai pas aimé savoir.

Que peut-on dire sur le dernier Giebel ?

Chaque page est un coup de poing dans la gueule !
Chaque page a réveillé en moi la révolte, le sentiment d'injustice, la haine, le violence devant l'horreur dont l'Homme est capable.
Le meilleur et le pire. Karine Giebel a choisi de mettre en exergue le pire. 
Le pire, pas seulement de l'Homme avec un grand H, mais aussi de la femme avec un grand F, car dans ce livre, une femme en particulier est une tortionnaire de la pire espèce.
Intéressant je trouve d'avoir choisi cette voie, de n'avoir pas réduit la femme à un petit être toujours fragile, toujours faible, toujours en attente de secours. 
Certaines femmes peuvent être bien pires que certains hommes et Karine Giebel se fait un plaisir de nous en dresser quelques portraits vraiment très réussis et criants de réalisme.

Ce livre est aussi une dénonciation de l'esclavage moderne, triste réalité, pas seulement dans les pavillons bourgeois mais aussi dans les HLM de misère. La misère appelle la misère. 
Le manque de compassion envers les autres, la volonté d'avoir le dessus, la nécessité de quelques sous gagnés sur le dos des autres dressent le portrait d'une société qui fait frémir de par la noirceur de son âme profonde.

J'ai aimé la mise en lumière du schéma familial que l'on essaye de ne pas reproduire. 
Quand on a été un enfant battu, il est extrêmement difficile de choisir une autre vie sans fatalement reproduire la violence vécue. Izri est un exemple parfait de cette difficulté là. 
Ses bas instincts dus à son vécu familial reviennent souvent le tarauder et il doit redoubler d'efforts, prendre sur lui, se souvenir de son tortionnaire de père pour ne pas tomber dans le piège d'une violence tripale et quasi génétique.

J'ai aimé les juxtapositions de ces deux histoires d'homme, celle d'Izri et celle de Gabriel : l'un a été témoin des violences que sa propre mère à fait subir aux autres et mis un temps que j'ai trouvé infini à réagir, quand l'autre oeuvre chaque jour pour punir ceux qui ne sont pas intervenus, n'ont pas réagis devant une injustice ni bougé devant un crime. 

J'ai aimé le personnage de Tama, son courage, sa résilience, sa volonté de chercher l'humanité dans ses tortionnaires, sa compassion, sa révolte, son abnégation, son envie de mourir, puis celle de vivre, son amour démesuré pour Izri tantôt son amant, tantôt son bourreau. 

Karine Giebel n'accorde que peu de répit à ses personnages.
Quelques secondes parfois,
Quelques moments volés à la brutalité de la vie,
Quelques respirations pour avoir le temps de se relever,
Quelques gestes tendres pour soigner les blessures marquées au fer rouge. 
Quelques rayons de soleil au milieu d'une avalanche d'horreurs, de sévices, plus pervers les uns que les autres, chaque fois plus démentiels, plus inhumains, plus retors.
Les "méchants" de ce livre sont de vrais méchants. Mejda par exemple donne au lecteur des envies de meurtre, sa cruauté est sans limite et si sauter dans un livre était une réalité, elle serait morte dans d'atroces souffrances des centaines de fois.

La violence  physique et les descriptions des sévices encourus sont absolument intolérables : le lecteur a lui aussi mal dans sa chair, à chaque gifle, à chaque coup de poing, à chaque viol et espère que tout finira par s'arrêter sauf que...Karine Giebel choisit souvent un chemin différent. Elle torture à loisir son lecteur !
La violence psychologique est tout aussi terrible, encore plus compliquée à encaisser que les coups. Elle détruit Tama de l'intérieur, la déshumanise aux yeux des autres, lui enlève toute existence.

Et cette phrase bouleversante qui m'a happée, qui me taraude, qui me déchire le bide : 
"Depuis que je suis né, j'attends qu'on m'aime..."

Maintenant, c'est à vous de décider... 
Aurez-vous le courage d'encaisser les 736 pages  de ce livre sans qu'il ne vous arrache les entrailles, des sanglots, vous donne des relents de violence , des désirs de vengeance, des envies de meurtres, sans qu'il ne hante vos nuits ?
C'est un excellent Giebel
C'est un émouvant Giebel
C'est un terrifiant Giebel
C'est surtout un tristement réaliste Giebel 
Le reflet du monde pourri dans lequel nous vivons ...  de la bestialité des hommes, de leurs actes insupportables, de leur volonté de pouvoir...Pas vraiment de quoi être fiers de nous ...

mercredi 28 mars 2018

LA CHAMBRE DES MERVEILLES, Julien Sandrel - Calmann Lévy



Samedi 7 janvier 2017, 10h32
Le monde de Thelma va basculer, celui de Louis va être mis en pause.
Thelma élève seule son fils de 12 ans. Elle travaille comme une forcenée pour une boîte de cosmétiques comme directrice marketing. Elle a oublié que la vie ce n'est pas seulement bosser. Ca fait bien longtemps qu'elle n'a pas appuyé sur le bouton pause.
Alors, ce samedi matin, la vie lui rappelle ses priorités : Louis se fait faucher par un camion et tombe dans un coma profond.
Pour ne pas devenir folle mais surtout pour motiver son fils à se réveiller, Thelma décide de suivre à la lettre, une liste, écrite par son fils dans le cahier des merveilles, une liste qui énumère toutes les choses qu'il voudrait faire avant de mourir.
"Ce carnet était un concentré de futur
Le mode opératoire? J'allais partir à la rencontre des rêves des mon fils, les vivre pour lui, les enregistrer, en audio et en vidéo, et les lui faire partager. J'allais en prendre l'engagement solennel. Je ne pourrai ni revenir en arrière ni le décevoir. Je ne savais pas s'il y avait un ordre défini, et je ne voulais pas que tout ait l'air préfabriqué. Il faudrait donc que je découvre le programme au fur et à mesure."

C'est l'histoire de 2 renaissances.
Celle de la mère qui s'est absentée de sa vie depuis bien trop longtemps, celle du fils qui du fond de son lit d'hôpital, redécouvre sa mère.
C'est l'histoire d'un lien qui s'est affaibli, puis reconstruit 
C'est l'histoire de la vie quand on a oublié ses priorités.

C'est un livre feel good, dans l'air du temps. Un livre optimiste. Un livre qui nous tire vers le haut !
Pourquoi ? 
Parce qu'on se laisse tous bouffer par le quotidien et qu'on oublie tous nos priorités : dire aux gens qu'on aime qu'on les aime ? Prendre du "vrai" temps avec eux ? Se préoccuper des chose qui comptent vraiment et dégager celles sans importance ?
Ce livre là nous les rappelle nos priorités.
Et il nous fait nous interroger sur notre propre vie en exacerbant les failles de Thelma... et ses peurs... et ses doutes... et ses objectifs.
Je dis qu'on a besoin d'avoir des bouquins comme celui là qui nous remettent les pieds sur terre. Il nous donne quelques minutes pour nous poser, analyser, conclure, changer.
"Profite de ta vie. Profite des tiens. Tu as le tout le temps. Prends-le."

Ce livre deviendra un film et franchement je ne suis pas étonnée ! Parce que ça va être émouvant mais aussi drôle, très drôle. Certaines scènes sont vraiment cocasses et c'est par ce rire qu'on rira aussi de nous-mêmes.  


Ce livre est un chemin de vie, celle qu'on a oubliée mais aussi celle qui nous reste à vivre.
Bravo Julien Sandrel, pour une première, c'est une sacré pépite ! 
"On ne va pas rester comme ça, à regarder la vie filer sans nous."
Non, on te prend par la main Julien et on vient avec toi, parce que là où tu nous emmènes, ça sent le bonheur et la joie de vivre.





mercredi 14 mars 2018

JACK, Bryan Reardon - Gallimard série noire



C'est l'histoire de Simon Connolly.
Simon est l'heureux papa de 2 enfants : Jake et Laney.
A leur naissance, il décide, en accord avec sa femme Rachel de quitter son job pour rester à la maison et "devenir" Homme au foyer. Ce choix qui semblait évident et logique le cantonne dans un rôle où la culpabilité de mal faire est omniprésente.
Un jour, une fusillade éclate dans le lycée où vont ses enfants. Treize enfants sont tués dans cette fusillade et Jack manque à l'appel. 
Son absence ne peut révéler que sa culpabilité ... ou sa complicité.
Très vite, les médias s'emballent et cloue Jack au pilori.
"Jack" est la voix d'un père, celle de Simon qui cherche à comprendre ce qui s'est réellement passé.

Autant le dire tout de suite, ce roman est difficile à lâcher et ce pour plusieurs raisons. 
Il aborde des thèmes vraiment intéressants qui nous amènent tous à réfléchir  sur le monde dans lequel nous vivons :
D'abord, le rôle du parent au foyer.
Simon est donc un père au foyer. Même s'il n'a pas été "obligé" de prendre cette décision, il vit plus ou moins bien cette situation, qui le réduit petit à petit à l'impression de n'être rien, jusqu'à en perdre son identité. Je m'adresse ici à toutes les femmes au foyer : vous connaissez la sensation ? N'est-ce pas vraiment intéressant d'entendre dans la bouche d'un homme des récriminations, doutes, colères que nous avons toutes eues?
" Je n'avais pas non plus réalisé à quel point je m'identifiais à mon travail, ou plutôt à quel point mon travail m'identifiait." (moi non plus, avant de le quitter !!)
Celui qui est au foyer doit tout voir et tout savoir : savoir quand son enfant va bien, quand il va mal, quand il a fait une bêtise, quand il a un problème à école etc... 
S'il ne voit pas, c'est qu'il est défaillant et la société toute entière le place dans la case des parents incompétents.
Ici aux Etats-Unis c'est extrêmement fréquent comme manière de penser : si un enfant déraille c'est à cause du parent qui n'a pas fait son job, ou d'un vice caché dont le parent est rongé et qu'il a transmis à son enfant. 
(j'ouvre une parenthèse pour vous raconter ce que j'ai vécu lorsque ma fille était en kindergarten. Deux garçons de 5 ans se sont montrés leurs sexes dans les toilettes de l'école. Celui qui a commencé a été viré sur le champ avec tous ses frères et soeurs, celui qui a été la "victime" s'est vu attribué un chaperon toute l'année parce que lorsqu'on a été une victime, on reproduit. Le proviseur a été viré en direct live dans l'auditorium sous la vindicte populaire, pour contenter les parents ivres de rage, parce qu'il n'avait pas considéré que c'était d'une gravité extrême. La famille du gamin "coupable" s'est vu traitée de tous les noms et accusée de toutes les perversions sexuelles possibles, exercées bien sûr  devant leurs enfants. Ils ont été obligés de quitter la ville)

C'est sur cette culpabilité là qu'est basée une très grande partie du roman: j'avais sous les yeux un enfant différent, qui n'allait pas bien et je n'ai rien vu...
La culpabilité est mise en exergue par l'alternance des chapitres passé et présent : le passé est placé sous le microscope de la mémoire pour essayer d'analyser tous les petits moments de vie qui auraient pu fournir un indice sur la façon dont le futur allait se dérouler, et le présent où l'indicible vérité semble surgir, associée au pouvoir des médias et au non respect de la présomption d'innocence.
C'est vrai que le roman amène à se pencher sur ce sujet. Nous l'avons bien constaté ces quelques mois, quand votre nom est cité aux infos, peu importe que vous soyez coupable ou innocent des faits qui vous sont reprochés, socialement vous êtes mort. 
La société n'associera plus votre nom qu'à votre culpabilité. Il n'y a pas de fumée sans feu dira-t-on....
C'est ce qui se passe dans le roman. Jack est coupable avant même d'avoir été retrouvé, sur des témoignages plus que bancals, des souvenirs flous, des suppositions.

Ce que j'ai beaucoup aimé aussi c'est la façon dont Bryan Reardon traite la réaction en chaine des évènements et ce que cela provoque : l'inhumanité des réactions et la nécessité de culpabiliser le parent qui a engendré un enfant défaillant.

Parce que son père lui a appris à s'intéresser aux autres, Jack prend sous son aile un garçon secret, réservé, différent des autres qui s'appelle Doug. Il ne l'aime pas forcément beaucoup mais il ne veut pas faire de peine à son papa. Alors, au début, il joue avec lui, plus par obligation que par envie. Doug rentre petit à petit dans la vie de la famille Connolly, au grand désespoir de Simon qui se rend très vite compte que quelque chose cloche chez ce garçon. Mais décemment, il ne peut pas interdire à son fils quelque chose qu'il a au début encouragé. 
A-ton aujourd'hui le droit d'être différent sans passer pour un futur tueur en série ?
Faut-il rentrer dans le moule à tout prix ?
Faut-il encourager son enfant à cultiver sa différence ou à l'annihiler?
Ce roman noir incite au questionnement de chacun. 

Bryan Reardon maitrise également parfaitement bien ce doute qui parvient à faire son chemin dans la tête du père, poussé par la pression des médias, les infos qui répètent inlassablement les mêmes choses toutes la journée: ton fils est coupable !

Enfin, je terminerai par ce que j'ai trouvé d'une grande finesse dans ce livre : toutes les reflexions et le travail intérieur de Simon pour parvenir au pardon. C'est formidablement bien écrit, d'une très grande justesse et d'une bonne dose de bon sens.
"Ne fais pas aux autres, ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse."
Et c'est tellement difficile... Et on devrait tous en prendre de la graine. 

Je vous renvoie à l'interview qu'Yvan a réalisé sur son blog ÉmOtionS :

https://gruznamur.wordpress.com/2018/03/06/interview-1-livre-en-5-questions-jake-bryan-reardon/

Une interview qui m'a vraiment donnée envie de lire le livre et honnêtement je l'ai dévoré !






samedi 10 mars 2018

LES SECRETS, Amélie Antoine - Michel Laffon



C'est l'histoire de 2 femmes : Mathilde qui rêve d'un enfant qu'elle n'arrive pas à concevoir et Elodie qui a un enfant qu'elle n'a pas rêvé d'avoir. 
La vie est souvent cruelle et injuste devant le désir de maternité...

Le roman commence par la fin, septembre 2015, et on se lance dans la lecture à rebours.
L'intérêt ? Comprendre comment on en est arrivé là. 
C'est toujours ce qui m'intéresse dans un roman : 
le cheminement, pas la fin.

Amélie, elle règle le problème dès le début, la fin, elle vous la donne, comme ça c'est réglé, on peut se concentrer sur les "pourquoi" et sur l'aspect psychologique des personnages.
Mathilde souffre, elle est obsédée par cet enfant qui ne vient pas, elle est prête à tout subir, tout entreprendre pour arriver à son but. 
Il faut dire qu'avec la mère qu'elle a, ce n'est pas vraiment étonnant de vouloir créer des relations mère-enfant d'un autre genre. La scène où Mathilde annonce sa grossesse à sa mère au restaurant m'a tirée quelques larmes : je retiens cette phrase collector de ma propre mère "on ne peut pas dire que se soit vraiment une bonne nouvelle" quand je lui ai annoncée être enceinte de ma dernière fille. Pas vraiment le genre de phrase qu'on oublie...
C'est intéressant de constater que la toxicité maternelle devient une sorte de thème récurrent dans ses romans (cf : son roman "Sans elle"), mais les relations parents-enfants également (cf. "Quand on a que l'humour", sorti en poche sous le titre "Les silences") 

Je l'ai déjà écrit, plusieurs fois, c'est ça qui fait sa force à Amélie : sa capacité à décortiquer dans tous les sens, les aspects psychologiques de ses personnages. 
Je n'ai pas connu la souffrance de ne pas pouvoir tomber enceinte, ni l'attente, ni les déceptions mensuelles 
Pas connu non plus la souffrance  de porter un enfant non désiré,
et pourtant ... Amélie sait si bien nous emporter dans son monde que l'identification est totale et le partage des émotions ressenti par les deux personnages principaux, immédiat.
C'est une sacré force, c'est sa force !
Elle sait tout dire et tout écrire, et elle vous emporte dans son monde.

C'est tendre
C'est maternel
C'est doux 
Mais c'est aussi,
Difficile
Triste
Cruel

Moi, ça me donne envie d'en savoir plus sur elle, sur sa vie, sur ses joies et ses blessures. 
Parce qu'elle m'attendrit
Elle me touche à chaque fois 
Elle est profondément humaine et sensible 
Y a qu'a voir sa page de dédicaces à la fin du livre 
" L'écriture est solitaire, mais l'envol d'un roman dépend de celles et ceux qui le liront, l'aimeront, en parleront, le défendront, le porteront. Mes personnages sont désormais entre vos mains, puissent-il vous toucher..."

Pari gagné Amélie, encore une fois !






mardi 6 mars 2018

LA FEMME QUI NE VIEILLISSAIT PAS, Grégoire Delacourt - JC Lattès


Grégoire Delacourt est-il bien un Homme ?
Une bonne fée s'est-elle penchée sur son berceau pour lui donner le don de lire dans le coeur des femmes et la capacité d'aussi bien les comprendre ?

Il m'avait déjà laissée complètement sur le carreau l'année dernière avec "Danser au bord de l'abîme" en racontant comment une femme, par un simple regard échangé avec un homme dans un café, quitte tout, mari et enfants pour partir avec cet inconnu qu'elle ne connait pas. 
C'est tout à fait ce qu'une femme pourrait faire.
Envoyer tout valser sans réfléchir, sur un simple coup de tête, une complicité, une promesse dans le regard.

Dans ce livre là, Grégoire  Delacourt décide d'aborder de façon originale l'angoisse principale de la femme quarantenaire : la peur de vieillir. 
Pour cela, il utilise plusieurs personnages de femmes qu'il décrit avec beaucoup de justesse :
- Une mère qui part trop tôt
- Une amie qui s'inflige tout ce qu'elle peut pour retarder l'inéluctable 
- Et Betty (ex. Martine rebaptisée ), Betty qui ne vieillit pas.
A partir de 30 ans, elle ne vieillit plus.
Son corps bien sûr  vieillit de l'intérieur, mais son visage reste intact : sans ride, sans creux, sans relâchement, sans trace du temps qui passe.
Trente trois photos prises chaque année seront les seules témoins du temps qui a passé : même photographe, même fond blanc, même chemisier, même absence de sourire. Trente trois photos pour trente trois années d'un visage inchangé.

On se dit quelle chanceuse, on l'envie Betty de ne trouver aucune ride au coin de ses yeux...
" Vous rêvez toutes de ce qui m'est arrivé. Mais je suis une bête de foire."
Sauf que ce cadeau empoisonné fiche sa vie en l'air.
Et je n'en dirai pas plus ;-)

Grégoire Delecourt a décidé de prendre un angle original pour parler de cette angoisse des femmes en général  : au lieu de nourrir  les peurs de la vieillesse, il décortique les affres de l'éternelle jeunesse. 
Le texte est beau, subtil, authentique, écrit avec tellement de perspicacité qu'on en arrive à penser qu'il a vécu dans le corps d'une femme, dans une autre vie.
Et puis j'aime la poésie de son écriture, presque un texte à lire à haute voix tellement ça sonne joliment. Ses mots sont beaux, ses idées sont justes, son texte est une madeleine à déguster tout doucement. J'aime son style qui m'émeut, qui me touche, qui me bouleverse. 
Par dessus tout, mais peut-être n'est-ce qu'une impression, c'est un homme qui comprend les femmes.

Je vais l'accrocher sur mon miroir de salle de bains cette petite phrase 
"La vieillesse est une victoire"
à la place de mon petit panneau qui disait " What the F... happened "


Juste pour le plaisir, à vous toutes qui vous scrutez dans le miroir....
"J'ai pensé avec mélancolie à ces femmes qui donnent tout pour ce qui en vérité est une malédiction(...). J'ai pensé à ces femmes qui, comme Odette, se coupent, se défigurent, acceptent de voir s'effacer l'histoire que leur visage raconte d'elles pour s'imaginer, un an encore, deux ans peut-être, qu'elles possèdent toujours ce trésor qui attire les regards pleins de convoitise alors qu'ils ne sont qu'un appétit, qui suscite le désir, comme si le désir n'était lié qu'à la beauté et la beauté à la jeunesse. J'ai pensé à ces femmes, à leur lutte pour tromper la mort, car c'est de cette désespérance qu'il s'agit, j'ai pensé à leur combat perdu d'avance contre les premières rides, les premiers relâchements de la peau, tout ce qui annonce au monde que quelque chose d'elles s'enfuit, irrattrapable, leurs corps fugitifs, leur honte, et j'ai eu envie de crier, hurler que seul ce qui ne dure pas a de la valeur, et que la menace de la perte est justement ce qui nous aide à vivre"












dimanche 4 mars 2018

LE CHEPTEL, Céline Le Denjean - Marabout Thriller

D'où sort donc Céline Le Denjean ?
Dans quelle communauté a-t-elle bien pu vivre cachée sans que j'entende parler d'aller ?
La prêtresse Virinaë n'a dû la libérer que très récemment parce que je ne sais pas comment j'ai pu passer à côté d'elle...
Il faut croire qu'on fait tous des erreurs dans le vie!

Une fois n'est pas coutume, juste au cas où vous seriez trop crevés pour lire toute ma chronique, je vous le dit tout de go, ce bouquin est une bombe ! Voilà, vous pouvez vous arrêter là.

Maintenant, si vous êtes un peu plus curieux,  vous avez 2 solutions si vous voulez savoir comment construire un thriller absolument parfait, sans une seconde de break, sans reprendre votre souffle, et surtout sans lassitude : vous lâchez tout ce que vous êtes entrain de faire et vous précipitez !
Et puis surtout, vous prenez le temps. J'ai mis un peu plus de 2 semaines pour digérer ces 650 pages, pas parce que c'était pas bon, mais parce qu'au contraire c'était trop bon ! 
Je m'endormais le soir en pensant à la colonie, à Louis, à Bruno, à Elicen, à Atrimen. (vrai de vrai, vos personnages ont hanté mes nuits !)

Ce n'est pas facile de résumer ce livre sans trop en dire, donc je vais être vraiment succincte.

Le thriller s'ouvre sur une jeune fille qui court, poursuivie par des hommes et des chiens, consciente que sa vie est en danger et qu'elle ne peut s'en sortir vivante. Son corps est effectivement retrouvé par les gendarmes de Nîmes quelques heures plus tard, d'une balle en pleine poitrine.
Les gendarmes arrivent vite à la conclusion que la jeune femme a été victime d'une chasse à l'homme.
Ensuite, l'araignée-Céline nous tisse une sacré toile.
Le lecteur suit plusieurs histoires en parallèle :
- Louis Barthes, un vieux notaire en quête des origines de sa naissance
- Les gendarmes nîmois collaborant avec le capitaine Eloïse Bouquet 
- Un adolescent, Bruno tombé dans une rivière qui se retrouve en territoire hostile en essayant de sauver sa peau.
- un groupe de personnes, Le Cheptel qui semble vivre hors du temps,  dans un monde parallèle au nôtre et qui vit dans une peur permanente.

La force de ce thriller réside d'abord,indiscutablement, dans sa construction. 
Parce que chaque chapitre suit un protagoniste différent, on ne ressent aucun temps mort, et ça c'est carrément EXCEPTIONNEL, pour ne pas dire RARISSIME. 
Céline a su développer chacun de ses personnages de sorte que l'attachement du lecteur pour chacun est quasi immédiat. On ne lit pas un chapitre en se disant, bon sang vivement le suivant, mais pleinement, en savourant chaque évolution, chaque histoire et chaque problématique. On garde à l'esprit la problématique principale qui est de savoir à quel moment exactement tout se petit monde va finir par se retrouver mais on se laisse littéralement porter par le récit.
Et comment elle a fait Céline pour nous rendre un peu plus accro ? Et bien, elle a adapté son discours et sa force narrative à chaque personnage. Pour faire court, Louis ne s'exprime pas comme Bruno. A chaque personnage son style propre, et son univers. 

On devient légèrement psychopathe parce que les personnages sympathiques ne sont pas forcément ceux que l'on préfère, et les méchants sont diablement attirants.
Les thèmes abordés sont la manipulation des masses, le sectarisme, la perte, le devoir de mémoire historique, savoir d'où l'on vient pour savoir qui l'on est, et tous ces thèmes apportent des réflexions personnelles. Et oui, le lecteur ne gobe pas ici, il réfléchit aussi !

Et maintenant quoi ?
Parce que la fin c'est une immense blague. C'est quoi cette fin Céline ? Vous voulez qu'on se mette tous à hurler ? C'est pas humain de laisser le lecteur sur cette ouverture... 
J'espère que vous vous êtes mise au boulot et que le suivant est bien avancé parce que sinon vous risquez d'avoir des émeutes !

En tout cas, la découverte de Céline Le Denjean me laisse ce formidable espoir que j'ai encore des auteurs fabuleux à découvrir et de sacrés bons moments de lecture qui se profilent. Le plaid et le feu de cheminée ont encore de beaux jour devant eux. 
Je me sens un peu orpheline ce soir de ces personnages qui ont partagé mes soirées pendant 2 semaines.
C'est du très grand thriller,
Du très bon thriller,
Du thriller addictif et intelligent, 
Du thriller super bien écrit,
De ces bouquins dont le lecteur a du mal à se défaire et qui restent longtemps en mémoire. 

Chapeau bas ! Vous allez faire partie de ces auteurs dont je commande les livres sans même avoir lu la 4ème de couverture car on sait d'avance à quel point ça va être bon.

Non, non, je ne vous mets pas la pression ;-)









vendredi 23 février 2018

LES SILENCES, Amélie Antoine - Le livre de poche


Amélie Antoine est un OVNI littéraire.

L'année dernière, j'ai eu entre les mains son roman "Fidèle en poste". 
Comment en ai-je entendu parler à l'époque ?Honnêtement, je ne sais plus, Facebook sûrement, des lecteurs publiant dans des groupes de lecture leurs coups de coeur pour ce roman. Et quel roman !!! 
En quelques mots, c'est l'histoire d'un couple, Chloé et Gabriel. Chloé meurt en se noyant. 
Rien d'extraordinaire me direz-vous dans ce pitch, ème histoire de deuil où l'autre devient dingue à tenter de survivre.. Sauf que... Pas du tout ! Amélie nous entraine là où nous n'avions pas envisagé d'aller. En quelques pages, elle nous happe, et elle nous tient. 
Tous les auteurs ne peuvent pas se targuer de ces qualités là et en cette rentrée littéraire, certains feraient bien d'en prendre de la graine...  Impossible de donner plus de détails sur ce roman sans en révéler trop car Amélie a le don du retournement de situation et ce serait vraiment dommage de gâcher ça.

Amélie Antoine est donc un OVNI, et un OVNI qui s'est faite toute seule. Elle publiait il y a quelques jours sur son compte Facebook, une photo du tas de lettres de refus pour son "Fidèle au poste". Tas édifiant, comment ne pas se décourager et finir par se dire que le roman que l'on vient d'écrire est vraiment médiocre car il n'intéresse personne. 
Voici son post :


En cette semaine de rentrée, j'avais envie de partager cette photo à tous les auteurs qui s'acharnent, qui s'escriment, qui s'obstinent, et qui, parfois, désespèrent.
Qui, parfois, auraient envie d'abandonner en se disant "A quoi bon ?"
Qui, souvent, doutent d'eux-mêmes et de leurs textes.
Qui pourtant retrouvent encore et toujours le chemin de l’écriture et de la fiction, malgré les obstacles, malgré les embûches, malgré les angoisses, malgré les gifles et les revers.
Ce tas de lettres de refus pour Fidèle au poste est la preuve qu'on ne peut pas plaire à tout le monde.
Mais quand on connaît la suite, quand on sait la chance que ce premier roman a eue, quand on sait le destin inattendu qui lui a été réservé quelques mois après... On se dit que ça vaut le coup de continuer à y croire un peu avant de remiser son texte dans un tiroir de bureau.
A vous tous qui inventez, façonnez, écrivez, à vous tous qui insufflez la vie à des personnages sortis de votre imagination : ne baissez pas les bras. 
Ne baissez pas les bras.
(Pour enfoncer le clou, je précise : ces lettres ne sont qu'un échantillon, les refus par mail étant plus nombreux )


Pour que ce roman sorte, elle a choisi l'auto-édition et elle a eu raison : les lecteurs sont au rendez-vous  et l'encouragent. On parle d'elle, on écrit des articles sur elle, elle existe enfin quand personne
 ( entendez par là les éditeurs ) n'avait voulu de son manuscrit. 

Moi je dis chapeau bas Amélie !

Je l'appelle par son prénom, parce que qu'elle est accessible, ouverte, soucieuse et curieuse de ce que ses lecteurs pensent de ses romans. Parce que quand on lui écrit, Amélie répond ! Amélie veut savoir, Amélie veut comprendre, Amélie veut entendre les mots de ses lecteurs et leurs coeurs battre!

Son petit  dernier s'appelle "Les silences ", nouveau titre pour "Quand on n'a que l'humour". Nouveau titre et nouvelle couverture mais même histoire bouleversante...

C'est l'un de mes plus gros coups de coeur 2017. 
J'ai été tellement bouleversée par ce roman, émue, remuée, il a déclenché tellement d'interrogations, de réflexions, d'émotions, que j'ai eu beaucoup de mal à me plonger dans quelque chose d'autre après ça.
En quelques mots, c'est l'histoire d'Edouard Bresson, un humoriste adulé par son public ... Un comique qui ne fait rire que les autres mais dont la vie personnelle est lourde à porter, pour lui un désastre.
C'est aussi l'histoire de son fils, Arthur qui déteste son père et tout ce qu'il représente et qui vit dans la haine de ce père tant admiré parce qu'il en a été privé, victime de ses absences.
Quelques articles de presse ont trop révélé de ce roman, et je n'en dirai donc pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte car souvenez-vous, Amélie c'est la reine du retournement de situation.

Voilà quelques mots que j'écrivais à Amélie en refermant son livre :
"Incontestablement, l'adulte que l'on devient est façonné par l'enfant que l'on a été et surtout l'enfance que l'on a vécue, et on devient parfois ce qu'on a tant détesté... Et puis la vie fait qu'on grandit, qu'on comprend, qu'on accepte. Vous décrivez à merveille les errements de cet homme qui fait comme il peut avec ce qui lui a été donné enfant, et les interrogations de ce fils, qui parvient à comprendre en allant chercher au fond de lui même.
Le bonheur n'est pas toujours où on l'attend, ni ce que l'on croit (...)
Continuez à nous régaler, vous avez le don des mots, la pertinence d'analyse de chaque émotion, vous êtes incroyablement douée."

Et c'est vrai qu'elle est douée Amélie, elle est douée et courageuse, douée et déterminée.
Amélie, elle a tout compris ! Elle a compris que les lecteurs sont plus importants que les maisons d'édition, et c'est d'eux qu'elle souhaite d'abord avoir les retours. 
Nous avons échangé sur son texte, j'espère que mes mots, et tous ceux des lecteurs qu'elle a pu recevoir l'ont encouragée, nourrie, et que grâce à ces retours, elle continuera à nous livrer des romans d'une qualité exceptionnelle

Je te l'ai dit Amélie, pour toi " Tout ira bien "

SOEURS, Bernard Minier - XO editions

C'est donc le 5ème opus des aventures de Martin Servaz, capitaine au SRPJ de Toulouse. Après "Glacé", "Le cercle&q...